Ce jeune entrepreneur nous livre le secret de son succès


Majid El Jarroudi, symbole d’une nouvelle génération d’entrepreneurs franco-marocains, est venu se confier et livrer ses petits secrets d’entrepreneur

D’un tempérament fonceur et volontariste, ce jeune entrepreneur a également les qualités d’un bon gestionnaire : esprit d’organisation, planification, …

Des montagnes du Rif à Paris, profil d’un jeune chef d’entreprise en France qui n’oublie pas ses racines.


Yabiladi – Bonjour Majid El Jarroudi, pourriez-vous vous présenter en quelque mots ?


Majid El Jarroudi – Bonjour, j’ai 27 ans et je dirige Algorithme Consulting, une jeune société de conseil spécialisée dans la recherche de financement et dans le développement d’entreprise. Je suis né, j’ai grandi et j’exerce à Paris.

Quel a été votre parcours estudiantin puis professionnel ?


Je suis titulaire d’une Maîtrise de Sciences de Gestion obtenue à la Sorbonne, ainsi qu’une Maîtrise d’Information Communication, obtenue à l’Institut Français de Presse. A la suite de ce double cursus, j’ai obtenu un DESS en Gestion de l’Information à Sciences Po.
J’ai alors débuté ma carrière, dans le conseil en stratégie e-business, puis j’ai décidé d’aller au Canada pour avoir une expérience à l’étranger. A mon retour, après une nouvelle expérience dans le conseil, j’ai décidé de créer mon entreprise.

– Quelles ont été les difficultés pour sauter le pas de la création d’entreprise ?


Même si la création d’entreprise est une merveilleuse aventure, il faut bien être certain que c’est le rythme de vie que l’on veut. Dans mon cas, cela faisait longtemps que j’avais envie de me lancer. Mon expérience au Canada fut décisive car elle m’a convaincu que la création est accessible à tous. En effet, en Amérique du Nord, les gens sont moins frileux et ont moins peur de créer leur entreprise. 
Le plus dur est alors de se lancer véritablement. Il faut croire à fond à son projet car la solitude du créateur est une réalité. Il faut être prêt à surmonter toutes les difficultés, seul et croire mordicus à son projet ! Cela demande une vraie confiance en soi mais aussi une vraie connaissance de soi, de ce qu’on est capable de faire ou pas… De la motivation dépendra le succès ou non. Les banquiers notamment sont excessivement durs à convaincre. Il convient alors de savoir anticiper les problèmes, de s’informer sur les aides existantes et sur les conseils dont vous pouvez bénéficier. Enfin, il faut savoir s’entourer de personnes apportant les compétences que l’on ne maîtrise pas.

– Quel est le cœur de métier de votre entreprise. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?


Algorithme Consulting est spécialisée dans la recherche de financements, en particulier dans les aides publiques. Nous faisons également énormément de recadrage stratégique à destination de PME et TPE : cela va de la rédaction de Business Plans, à la mise en place d’un plan marketing, en passant par du coaching personnel de dirigeants d’entreprise.

– Beaucoup de jeunes marocains en France évoquent le problème du racisme pour justifier leur problème d’insertion professionnelle, ou de création d’entreprise. Quel est votre analyse sur ce point et quelle a été votre expérience dans vos relations avec les acteurs économiques français dit de « souche ».


Même si des difficultés existent, un créateur d’entreprise ne doit pas se soucier du regard de l’autre. Sa seule préoccupation doit être ses clients. C’est pour cela que sa motivation doit être sans faille. Se chercher des excuses pour justifier un échec est révélateur à mon avis d’un manque de conviction dans la recherche du succès. 
Si vous vous rendez compte qu’en raison de votre âge, origine, sexe, les choses sont plus difficiles, et bien travaillez davantage. Il faut accepter le génie du « et » : on peut être un jeune franco-marocain ET chef d’entreprise. Mais je sais car j’en ai rencontré beaucoup que les jeunes franco-marocains sont dynamiques et ambitieux. Nombreux sont ceux qui se bougent, ont des emplois intéressants ou mènent des études brillantes. Ceux qui se lamentent ne sont pas si nombreux.

– Vous êtes spécialisé comme vous nous l’avez dit dans le domaine des financements publics en France. Ne pensez-vous pas que les jeunes entrepreneurs franco-marocains ont un manque d’information concernant ces financements et qu’ils passent à côté d’une aide qui peut s’avérer précieuse ?


Les aides publiques sont en effet une vraie opportunité pour les jeunes créateurs. Les différents organismes publics ne communiquent pas assez pour faire la promotion de ce type d’aides. C’est pourquoi nous tachons au sein d’Algorithme d’identifier les aides existant en fonction du secteur d’activité des entrepreneurs. Néanmoins, et même si les aspects financiers sont importants, la priorité pour un créateur doit être la recherche de nouveaux clients, car seuls les clients font le succès de l’entreprise.

– Comment justement diffuser ce type d’information ? Faut-il faire appel à vos services ? Ou bien existe-t-il des moyens triviaux et à disposition de tous ? (Chambres de commerce et d’industrie, Mairie, …)


Les aides publiques ne sont pas secrètes ! Il est bien entendu plus difficile de trouver des financements privés. Cependant le nombre de guichets auxquels il faut s’adresser décourage souvent les créateurs. D’une manière générale, les CCI, Mairies, Conseils Régionaux, Directions Départementales, l’ANVAR… sont des interlocuteurs obligés.
Mais une fois les aides identifiées, il convient de monter des dossiers qui doivent être solides à la fois financièrement et stratégiquement. Algorithme s’occupe en priorité de sociétés déjà créées ou sur le point de l’être et nous accompagnons nos clients dans le montage et la formalisation de leur projet.

– Si vous aviez un message à transmettre aux jeunes désirant créer leur entreprise, que pourriez-vous leur conseiller ?


Avant tout qu’il sache qu’on ne se lance pas dans la création d’entreprise comme on envoie un CV pour trouver un emploi. C’est une orientation de vie que l’on prend. C’est pourquoi, il faut bien mûrir son projet. Ce ne doit pas être la reproduction d’une entreprise déjà existante mais l’accomplissement d’un projet qu’on porte en soi depuis longtemps.
Il convient alors de se former pour avoir des bases en gestion et de tester son « produit » en milieu réel. Cela signifie qu’il faut aller à la rencontre de ses clients potentiels, de ses futurs partenaires …Le porteur de projet ne doit pas rester isolé. Il doit rencontrer un maximum d’individus expérimentés, et de s’entourer de bons conseils. 
Il faut prendre son temps avant de se lancer car une fois créée, il n’y a plus de retour en arrière, et c’est à ce moment que le temps manque. Préparez-vous, formalisez votre projet par écrit, démarchez des clients. Le créateur doit faire preuve d’un optimisme infaillible mais doit être à l’écoute. Il ne faut pas hésiter à modifier son concept si les retours du terrain sont négatifs et il faut savoir être opportuniste. Mais ne vous découragez pas car l’aventure vaut la peine d’être vécue.

– Passons au côté plus personnel Majid si vous le permettez. Quelle relation gardez-vous avec le Maroc ?


Comme tous les marocains nés en France, le Maroc pendant longtemps était synonyme de vacances d’été. Avec l’âge, je me suis de plus en plus intéressé à l’Histoire du pays et son développement. Je me sens concerné par ce qu’il s’y passe. Et je suis un supporter inconditionnel de nos Lions de l’Atlas !

– Vous puisez vos racines dans les montagnes du Rif. Y retournez-vous souvent ?


Je suis en effet originaire de la région du Rif qui a bien souvent mauvaise presse. Pour tout vous dire, je ne connais du Maroc que les montagnes du Rif et ses plages de sable fin. C’est une région qui a conservé une identité forte mais qui a souffert. La guerre du Rif, puis les différentes révoltes ont donné naissance à un peuple fier et courageux malgré les blessures. J’encourage tous les marocains à se rendre dans le Rif et à aller à la rencontre de ce peuple qui a une histoire aussi chargée. Nous devons tous participer au développement de cette région oubliée pendant trop longtemps par le pouvoir.

– Quels sont les apports de vos origines rifaines dans votre éducation et votre personnalité aujourd’hui ?


Enfant, j’ai écouté les histoires des anciens. Les rêves que nos grands parents avaient pour ce pays, leur croyance en une société plus juste et égalitaire. Puisque j’ai reçu en héritage cette identité, j’essaie aujourd’hui de m’en montrer digne et de faire les choses de manière juste et honnête.

– Pensez-vous un jour mettre à profit vos compétences pour le Maroc ? Peut-être même créer votre entreprise là-bas ?


Ce serait une faute grave de ne pas mettre à profit nos compétences pour le Maroc. Notre pays a besoin de nous pour se développer encore plus vite. Les Franco-marocains doivent garder à l’esprit d’où ils viennent. C’est pour cela que je suis très attentif concernant les dispositifs d’aides européens existant à destination du Maroc. Je ne sais pas si je créerai une société là-bas, mais je sais que je ferai en sorte de trouver des financements pour monter des projets au Maroc.

– Selon vous, quelle place peut occuper la communauté marocaine à l’étranger dans le Maroc de demain ?


Les RME doivent être des locomotives pour la jeunesse marocaine. Nous devons participer, par tous les moyens, au développement du pays et soutenir toutes les actions positives.

– Une petite dernière question : Peut-on imaginer une corrélation entre votre goût prononcé pour les cigares et vos origines rifaines ? 

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Hahaha !! Pour l’anecdote, sachez que El Che Guevarra, lui-même, pour mener la révolution à Cuba a déclaré s’être inspiré des méthodes de combat d’Abdelkrim Al Khattabi et ses guerriers pendant la guerre du Rif. En appréciant les cigares de Cuba, je ne fais que rendre hommage au Che…à ma manière.

Source : Yabiladi

Au-delà d’une simple interview, c’est tout un message lancé aux jeunes qui désirent se lancer en entrepreneuriat ne pas hésiter à le faire. Etre un jeune entrepreneur, c’est possible ! Certes, ce chemin est parsemé d’embuche mais il convient de s’armer de courage pour affronter tous les défis afin de se hisser au sommet.

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